Le Premier ministre français, Edouard Philippe a dévoilé mercredi les mesures sur l'immigration de son gouvernement, à l'issue d'un comité interministériel.

Fort d'une vingtaine de mesures que sont entre autres, l'instauration de quotas en matière d'immigration professionnelle, un délai de carence de 3 mois pour l'accès à la protection universelle maladie (PUM) et l'éloignement rapide des déboutés du droit d'asile, ce projet gouvernemental a pour objectif de "reprendre le contrôle de la politique migratoire".

"Le sens général de notre action est celui de la souveraineté. Et reprendre le contrôle sur notre politique migratoire, c'est exprimer et assumer des choix clairs en matière d'accueil et d'intégration", a déclaré Edouard Philippe lors d'un point presse en compagnie de ses ministres de l'Intérieur, de la Santé et du Travail.

Parmi ces mesures figurent en bonne place, l'instauration des "objectifs quantitatifs ou quotas" pour l'immigration professionnelle. Selon la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, ce choix s'explique par des besoins économiques.

"Aujourd'hui, une entreprise sur deux qui a du mal à recruter dans notre pays, et il y a de nombreux emplois vacants, notamment dans les Petites et moyennes entreprises (PME) et dans certains territoires qui ne sont pas attractifs", a-t-elle indiqué. D'où l'obligation pour le gouvernement de fixer des "objectifs chiffrés ou quotas" d'immigration professionnelle pour compléter ce besoin de main d'œuvre qui concerne les métiers en tension.

L'immigration professionnelle en France ne concerne que 33 000 titres de séjours, donc 13% de l'ensemble des 260 000 titres, a dit Mme Pénicaud tout en précisant qu'il n'y aura pas de quotas par nationalité mais plutôt par compétence.

Dans le domaine de la santé, des mesures de renforcement des actions de contrôle de l'Aide médicale d'Etat et des soins urgents pour les demandeurs d'asile et les sans papiers, le renforcement du contrôle de la résidence en France et l'introduction d'une entente préalable pour certains soins seront mises en place. De même que l'introduction d'un délai de carence de 3 mois pour l'accès à la protection universelle maladie de demandeurs d'asile va être proposée, a expliqué la ministre de la Santé Agnès Buzyn.

Ce "plan immigration" prévoit également le contrôle des allocations accordées aux demandeurs d'asile. Il sera par exemple mis fin à la possibilité de cumuler l'Allocation demandeur d'asile (ADA) et le Revenu de solidarité active (RSA), a dit le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner. A cela s'ajoute la poursuite de la lutte contre les réseaux d'immigration irrégulière, l'amplification des efforts pour le respect des décisions d'éloignement et la création de 3 nouveaux centres de rétention administrative.

Parmi les mesures il y a également celles relatives aux conditions "dignes" d'accueil en France. Le nouveau plan d'immigration prévoit ainsi de diminuer progressivement le nombre de passage obligatoire en préfecture, la réduction et la simplification des taxes sur les titres de séjours. Un projet de relogement des refugiés sera fixé par le gouvernement pour 2020. Il sera demandé aux préfets de mobiliser 16 000 logements pour les accueillir "dignement", a indiqué M. Castaner.

La classe politique, notamment les opposants à Emmanuel Macron ont diversement apprécié ces mesures gouvernementales sur l'immigration. L'extrême droite parle d'une "escroquerie politique". "C'est de l'enfumage. C'est un mensonge. Le but du gouvernement c'est de laisser penser qu'il a pris conscience de la préoccupation importante qui est celle de l'immigration chez nos compatriotes", a dénoncé Marine Le Pen du Rassemblement national sur RTL.

A gauche l'on pointe du doigt un virage trop à droite d'Emmanuel Macron sur fond d'attaques répétées contre les migrants. "Après s'être attaqué à la santé des personnes migrantes (délais de carence), le gouvernement porte désormais dans le débat public la question des quotas. Il ne recule devant rien pour stigmatiser une partie de la population", a critiqué sur Twitter Ugo Bernalicis de la France Insoumise.

La droite partage l'idée des "quotas" mais appelle à des réformes plus profondes. Pour le vice-président de LR (Les Républicains), Guillaume Peltier, la politique des quotas va "limiter l'immigration". Mais il a regretté sur Europe 1, l'absence de mesures fortes sur "l'expulsion des clandestins et des déboutés du droit d'asile". F