Le Sommet du G7, qui doit se tenir de vendredi à dimanche à Carbis Bay dans les Cornouailles sur la côte sud-ouest de l’Angleterre, suscite une large attention, car il s’agira de la première rencontre internationale en personne depuis le début de la pandémie de Covid-19. Le G7 aura cette année pour thème d’« unir les grandes démocraties pour aider le monde à lutter contre le coronavirus, puis mieux se reconstruire et créer un avenir plus vert et plus prospère ».

Les Sommets du G7 aident habituellement les Etats membres à mieux coordonner leurs politiques et tentent de régler les différences entre les sept pays les plus industrialisés au monde. Comme les membres du G7 constituent les économies les plus avancées au monde, ses décisions ont un impact majeur sur la gouvernance économique et politique mondiale.

Etant donné l’évolution rapide de l’environnement mondial et la complexité des problèmes internationaux, le G7 a toutefois suscité des critiques selon lesquelles, en tant que groupe d’élite, celui-ci n’a aucun droit d’établir un agenda pouvant avoir des impacts négatifs sur les autres pays. En 2018, Jim O’Neill et Alessio Terzi du laboratoire d’idées européen Bruegel ont écrit : « Le G7, dans sa formule actuelle, n’a plus de raison d’exister et il devrait être remplacé par un groupe de pays plus représentatifs. »

Même s’il n’est pas représentatif de la communauté internationale, le G7 pourrait néanmoins établir sa légitimité en défendant le multilatéralisme, en promouvant la distribution équitable des vaccins contre le Covid-19 à travers le monde et en renforçant la lutte mondiale contre les changements climatiques.

La pandémie continue de faire rage dans de nombreux pays et ne pourra être endiguée de manière effective que si les populations du monde entier sont vaccinées. Or, la distribution des vaccins reste inéquitable et les nations les plus riches stockent plus de doses de vaccins que nécessaires. De fait, celles-ci se sont accaparé plus de 80 % des vaccins mondiaux, tandis que les pays les moins développés n’en ont reçu que 0,3 %. En conséquence, le virus continue de se répandre et de muter en variants toujours plus dangereux.

L’aggravation de la situation dans les pays en développement et les pays les moins développés risque de faire dérailler la relance économique mondiale. Elle représente même une menace pour les populations des pays développés, car la santé et la sécurité des personnes dans les pays riches sont inextricablement liées au bien-être des groupes les plus vulnérables dans les autres pays.

En réalité, les organisations mondiales et les pays du G7 se sont rendu compte qu’aucun pays n’était en sécurité, tant que tous les pays ne seraient pas en sécurité. Comme Matt Hancock, le secrétaire d’Etat britannique à la Santé et à la Protection sociale, l’a souligné : « Au niveau mondial, nous sommes aussi forts que notre maillon le plus faible dans la chaîne de la sécurité sanitaire. »

C’est la raison pour laquelle, en s’assurant que les pays en développement et les pays les moins développés bénéficient de suffisamment de vaccins, le G7 n’honorera pas seulement sa responsabilité morale, mais il servira également les intérêts de ses Etats membres. Afin de prouver sa pertinence dans le monde d’aujourd’hui, le Sommet du G7 doit diriger par l’exemple et la meilleure façon de faire cela est de s’assurer que tous les pays, qu’ils soient riches ou pauvres, aient un accès équitable aux vaccins.

Pour commencer, les pays du G7 devraient augmenter leurs contributions financières au COVAX, une initiative mondiale visant à donner aux pays à faibles revenus un accès équitable aux vaccins. Cette dernière est dirigée par l’organisation Gavi, l’Alliance du vaccin, la Coalition pour les innovations en matière de préparation aux épidémies et l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Le moins que les pays du G7 puissent faire serait de répondre à l’appel de l’envoyé spécial des Nations unies et ancien Premier ministre britannique Gordon Brown, qui a enjoint les nations riches de soutenir financièrement la vaccination contre le Covid-19 dans les pays pauvres, soulignant la nécessité de lever près de 60 milliards de dollars (50 milliards d’euros) sur les deux prochaines années.

Les pays riches qui se sont accaparé plus de doses de vaccins que nécessaire devraient par ailleurs donner leur surplus de vaccins aux pays qui en ont désespérément besoin, afin que ceux-ci puissent vacciner leurs travailleurs en première ligne, comme les médecins, les infirmières, les techniciens de laboratoire et les groupes vulnérables.

Plus encore, afin de vacciner la population mondiale et de briser les chaînes de transmission du virus, les dirigeants du G7 devraient utiliser le sommet pour supprimer les droits de brevet et faciliter le transfert des technologies de vaccination aux entreprises pharmaceutiques dans d’autres pays, ce qui assurerait l’augmentation de la production et une distribution plus équitable des vaccins. Ce n’est que ce cette façon que nous pourrons réaliser la proposition du Fonds monétaire international de vacciner au moins 40 % de la population mondiale d’ici la fin 2021 et 60 % d’ici 2022.

Au-delà de soutenir les efforts mondiaux pour endiguer la pandémie, le Sommet du G7 devrait également se concentrer sur la lutte contre les changements climatiques. Les changements climatiques sont liés à la propagation de maladies infectieuses et il est nécessaire et urgent pour le monde de mitiger ses effets et de sauvegarder la biodiversité. Alors que le temps est compté pour inverser les changements climatiques et empêcher l’extinction des espèces, tous les pays devraient accorder aux questions environnementales la plus haute des priorités.

A cet égard, les pays du G7 devraient endosser plus de responsabilités que les pays en développement, conformément au principe de responsabilités communes mais différenciées. Bien entendu, tous les pays devraient faire plus d’efforts pour mieux protéger l’environnement, mais il est nécessaire de reconnaître la disparité majeure en matière de développement économique entre les pays avancés et les pays en développement. Ainsi, se placer en tête de la lutte mondiale contre les changements climatiques apparaît comme une obligation légale des pays du G7.

En d’autres termes, le Sommet du G7 devrait répondre à la pandémie et aux problèmes liés au climat, afin de prouver sa pertinence. Si les membres du G7 tentent de fuir leurs responsabilités vis-à-vis de la communauté internationale et préfèrent plutôt accuser les autres pays de ne « pas faire assez » dans les luttes contre la pandémie et les changements climatiques, ils resteront de simples membres d’un club d’élite ne faisant rien pour améliorer la situation dans le monde ou promouvoir le multilatéralisme.