Alors que les émissaires chinois et américains pour le climat se sont rencontrés mardi lors d'une table ronde à Davos, des experts chinois ont déclaré que cette discussion avait mis en évidence la possibilité de coopération sur le changement climatique face au contexte de tensions bilatérales, tout en avançant que « le manque de constance des États-Unis dans la coopération climatique mondiale et leur tendance à politiser la question appellent à la vigilance ».

Xie Zhenhua, envoyé spécial de la délégation chinoise sur le climat au Forum de Davos, est le seul représentant du gouvernement chinois à participer au Forum économique mondial (FEM) de cette année en Suisse. Sa rencontre avec M. Kerry dans le cadre du dialogue intitulé « Sauvegarder notre planète et notre peuple » était la première rencontre en face à face des deux émissaires depuis les pourparlers sur le climat de novembre à Glasgow.

MM. Xie et Kerry ont tenu des entretiens en compagnie du président du FEM, Borge Brende, selon la chaîne de télévision chinoise CGTN.

Interrogé par des journalistes sur l'ambiance lors de la rencontre, M. Brende a déclaré : « Nous avons toujours de grandes attentes lorsque nous avons deux des personnes les plus importantes de la planète en matière de changement climatique dans notre plénière. Nous sommes donc très privilégiés. »

« Ce n'est plus seulement une question de mots, c'est une question d'action. L'action, maintenant, est essentielle. » Cette déclaration de M. Xie était un appel aux armes pour tous, et en particulier pour les dirigeants mondiaux, afin de transformer radicalement le fonctionnement de l'économie mondiale si « nous voulons éviter une catastrophe climatique », selon un article publié sur le site Internet du Forum économique mondial.

MM. Kerry et Xie ont travaillé en étroite collaboration pour trouver des solutions climatiques, M. Kerry notant que « pendant au moins les 8 prochaines années, nous devons changer radicalement notre système économique et notre dépendance aux combustibles fossiles si nous voulons rester alignés sur les objectifs de l'Accord de Paris. C'est la vraie bataille de notre temps », rapporte l'article.

M. Xie a souligné que la Chine prendra des mesures dans trois domaines : la formulation de politiques, la transformation énergétique et les puits de carbone forestiers, avec notamment la promotion de la transformation de l'énergie verte et à faible émission de carbone, le renforcement des puits de carbone forestiers, et sa réponse à la « Trillion Tree Campaign » (campagne du millier de milliards d’arbres) lancée par le FEM en s'efforçant de planter 70 milliards d'arbres en 10 ans.

« Pour la Chine et les États-Unis, le secteur climatique est un domaine qui mérite davantage de coopération, dans lequel la Chine a fait preuve d'une attitude positive, bien que le manque de continuité et de crédibilité des États-Unis soit une source de préoccupation », ont avancé des experts chinois.

En avril 2021, M. Xie et M. Kerry ont publié une déclaration commune qui a été considérée comme un signal positif surprenant. Il était très important que les deux responsables se rencontrent à nouveau à Davos après la déclaration, a déclaré Ma Jun, fondateur de l'Institut des affaires publiques et environnementales, au Global Times.

« Des problèmes climatiques plus graves à l'ombre de la pandémie de COVID-19, la pollution due à l'utilisation accrue d'énergie fossile causée par la crise ukrainienne, le rebond des émissions mondiales de carbone qui s'est produit en 2021, et la recherche et la coopération sur les technologies zéro carbone sont tous des problèmes que les deux envoyés sont susceptibles d'explorer », a affirmé M. Ma.

« La Chine et les États-Unis sont les deux plus gros émetteurs de carbone au monde, mais aussi les plus capables de mener des recherches et de coopérer. Sur les questions climatiques, les deux partagent un consensus fondamental et des intérêts communs, il existe donc également des perspectives de coopération, même si les États-Unis ont toujours un état d'esprit compétitif envers la Chine », a avancé l'expert environnemental.

La décision de la Chine d'envoyer M. Xie participer aux discussions sur le climat au Forum de Davos reflète l'attitude sincère de la Chine envers la coopération climatique, a déclaré Yuan Zheng, directeur adjoint et chercheur principal de l'Institut des études américaines à l'Académie chinoise des sciences sociales.

« Pour les questions impliquant des intérêts mondiaux, la Chine vote pour la coopération, et elle n'abandonnera pas ses efforts de coopération à cause d’un changement dans les relations sino-américaines, mais assumera sa responsabilité en tant que grande puissance », a-t-il affirmé.

« Cependant, l'approche erratique des États-Unis en matière de coopération internationale sur les questions climatiques et leur difficulté à faire progresser la législation nationale sont inquiétantes. La crédibilité internationale endommagée des États-Unis pourrait être une préoccupation pour les pays qui travaillent avec eux », ont soutenu des experts.

« Pendant l'ère Trump, les États-Unis se sont retirés de l'Accord de Paris et ont même empêché d'autres pays de coopérer par la suite », selon M. Ma. « Cela a conduit à une période au cours de laquelle la capacité mondiale à faire face au changement climatique a subi un énorme revers. »

Contrairement à certains pays européens, les États-Unis ont de nouveau échoué à faire entrer dans le processus législatif les projets de loi traitant du changement climatique. Compte tenu de sa situation politique intérieure, le maintien d'une stratégie cohérente ou la recherche d'une voie stable vers la législation n'est guère garanti, ont déclaré des experts.

« Trop souvent, les États-Unis font preuve d'une grande visibilité à l'échelle internationale pour résoudre un problème, mais le font rarement progresser au niveau national. Une telle situation récurrente affaiblit la crédibilité internationale des États-Unis », a déclaré Wu Xinbo, doyen de l'Institut d'études internationales de l'Université Fudan. « La communauté internationale restera également préoccupée et inquiète », a-t-il avancé.

Lors des récents pourparlers du Quad (Dialogue quadrilatéral pour la sécurité, impliquant les États-Unis, le Japon, l'Australie et l'Inde), les États-Unis ont également évoqué les problèmes climatiques. L’« Initiative d'adaptation et d'atténuation du changement climatique (Q-CHAMP, pour Quad Climate Change Adaptation and Mitigation Package) » a été lancée mardi, selon la déclaration conjointe des quatre États membres, comprenant entre autres les activités en cours dans le cadre du Groupe de travail du Quad sur le climat en matière de navigation et de ports écologiques, ainsi que de coopération en matière d'énergie propre.

Selon la déclaration conjointe, les membres de Quad accéléreront leurs efforts pour relever les ambitions mondiales, notamment en s'adressant aux principales parties prenantes de la région Indo-pacifique et en soutenant, en renforçant et en améliorant les actions climatiques des partenaires de la région.

Cependant, M. Wu a averti que « les États-Unis mêlent la discussion sur le climat à des éléments géopolitiques ».

« Les États-Unis ont récemment créé des troubles sur la base des relations sino-américaines, ce qui affectera plus ou moins l'atmosphère de coopération entre les deux pays », a soutenu Yuan Zheng.

Lors du sommet États-Unis-Union européenne (UE) de 2021, le Conseil du commerce et de la technologie États-Unis-UE a été créé. Les États-Unis ont beaucoup parlé de limiter les avantages de la Chine dans le domaine de l'énergie solaire tout en promouvant la coopération climatique mondiale.

« La nature hypocrite des États-Unis en matière de coopération climatique nécessite de la vigilance », a prétendu Lü Xiang, chercheur à l'Académie chinoise des sciences sociales.

« La coopération sino-américaine sur le changement climatique ne peut être dissociée de la situation globale des relations sino-américaines. Les États-Unis devraient travailler avec la Chine pour se rencontrer à mi-chemin et prendre des mesures positives afin de remettre les relations sino-américaines sur les rails », a déclaré le conseiller d'État et ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi à Tianjin, lors d’une rencontre avec M. Kerry par vidéoconférence portant sur les négociations sino-américaines sur le changement climatique.

Lundi, M. Xie a rencontré le chef de l'Agence internationale de l'énergie (AIE), Fatih Birol, pour discuter de la transition énergétique mondiale et de la poussée verte de la Chine, ce qui, selon M. Birol, a été une « excellente discussion ».

Au cours de cette réunion, M. Xie a discuté des efforts et des mesures politiques de la Chine pour répondre au changement climatique mondial et promouvoir les énergies renouvelables, selon une personne de la délégation chinoise. Les deux parties ont convenu que l'AIE et la Chine devraient renforcer la communication et la coopération afin de promouvoir conjointement les efforts de lutte contre le changement climatique, a rapporté Caixin Magazine.