Le chancelier allemand Olaf Scholz s'est rendu à Paris dimanche pour commémorer le 60e anniversaire du Traité de l'Elysée qui marque la réconciliation entre l'Allemagne et la France. Le président français Emmanuel Macron et le chancelier allemand ont présenté des positions proches sur des sujets comme l'extension vers l'Allemagne du pipeline d'hydrogène H2Med et leurs politiques industrielles. Une interrogation demeure sur la livraison d'armes à l'Ukraine.

UNIS POUR "REFONDER L'EUROPE"

Après plusieurs mois de désaccords, Paris et Berlin ont affiché une unité retrouvée soixante ans après la signature du Traité de l'Elysée. Dans un discours prononcé à la Sorbonne dans la matinée, Emmanuel Macron a plaidé pour que la France et l'Allemagne deviennent "pionnières pour la refondation" de l'Europe. De son côté, le chancelier allemand a qualifié le couple franco-allemand de "locomotive" de l'Europe.

"Soixante ans après sa signature, le Traité de l'Elysée demeure le socle de ce lien inaltérable, exemplaire entre nos deux pays, unis pour la paix, la liberté, la défense de nos valeurs démocratiques", a affirmé le président français.

Le chancelier et le président ont vanté la coopération entre les deux premières puissances de l'Union européenne à l'occasion du soixantième anniversaire de ce traité signé par Charles de Gaulle et Konrad Adenauer. Ce texte avait, dans sa version française, une dimension européenne continentale, tandis qu'il était plus atlantiste et tourné vers l'OTAN, le GATT et les Etats-Unis dans sa version allemande.

En fin d'après-midi, les deux dirigeants ont participé à une conférence de presse commune à l'Elysée où plusieurs orientations de nature industrielle, militaire et énergétique ont été dévoilées.

"Nous avons décidé d'élargir le projet H2Med qui, grâce à des financements européens, lie le Portugal, l'Espagne et la France, à l'Allemagne qui sera partenaire de cette stratégie d'infrastructures en matière d'hydrogène", a annoncé M. Macron. Le projet de pipeline européen d'hydrogène H2Med sera donc étendu de ces pays du sud-ouest européen à l'Allemagne, a précisé le président français.

Par ailleurs, les deux dirigeants ont affirmé qu'ils entendaient "renforcer la souveraineté numérique européenne dans le domaine des réseaux 5G/6G". "Nous reconnaissons l'importance stratégique d'une économie européenne des données", ont-ils souligné.

UNE REPONSE A L'INFLATION REDUCTION ACT AMERICAIN

La dimension industrielle et économique a aussi été approfondie par les deux dirigeants. La France et l'Allemagne ont défini une ligne commune pour établir une réponse européenne "ambitieuse et rapide" aux subventions industrielles américaines en matière de transition énergétique, a déclaré Emmanuel Macron après une réunion avec le chancelier allemand à l'Elysée. Ils ont défendu, faisant front commun, l'objectif d'une Europe plus "souveraine", apte à investir davantage dans la défense et dans l'industrie.

Le président français a exprimé le désir de convaincre les pays européens, notamment l'Allemagne, d'engager un plan aussi massif que celui des Etats-Unis en faveur de la défense de l'industrie européenne.

Il a exprimé son espoir que l'Union européenne riposte vigoureusement, au moyen d'un financement conséquent, au plan massif américain de subventions en matière d'énergies renouvelables, l'Inflation Reduction Act. Emmanuel Macron espère rallier Olaf Scholz dont le soutien sera indispensable pour mener à bien ce vaste projet à l'échelle de 27 Etats différents. Le chancelier allemand a dit partager avec le président français les "objectifs d'investissements" nécessaires pour que l'Europe devienne "un pôle mondial des technologies du futur".

DES ENGAGEMENTS A SOUTENIR MILITAIREMENT L'UKRAINE

Le conflit en Ukraine a aussi été abordé par MM. Macron et Scholz. La France n'exclut pas de livrer des chars de combat lourds Leclerc à l'Ukraine, a dit M. Macron. M. Scholz a fait l'objet d'une question directe samedi du président ukrainien Volodymyr Zelensky : "Peux-tu livrer des Leopard? Alors, donne-les-nous!", à laquelle il a répondu évasivement dimanche à Paris. La cheffe de la diplomatie allemande Annalena Baerbock a toutefois indiqué dimanche soir que Berlin ne s'opposerait pas à la volonté de Varsovie de fournir des Leopard 2 à l'Ukraine.

Selon des observateurs, ces prochaines semaines, ces trois dossiers resteront cruciaux : le pipeline d'hydrogène, la mise en œuvre concrète de la défense de l'industrie européenne et l'implication de l'UE comme cobelligérant éventuel au côté de l'Ukraine par la livraison d'armes.